Héritage · États-Unis · 1981 — 1989
L'héritage du Gipper : de la stagflation au boom des années 80. Comment Reagan a réduit l'impôt, écrasé l'inflation et créé 16 millions d'emplois — et pourquoi le déficit reste son péché originel.
Tu veux comprendre Reagan ? Commence par le discours du "malaise" de Carter. Juillet 1979, le président des États-Unis passe dix jours à Camp David, puis annonce à la nation que son problème, c'est elle. L'inflation dépasse 13%. Les files d'attente pour l'essence ressemblent à des queues soviétiques. Les otages américains pourrissent à Téhéran depuis neuf mois. L'indice de misère — inflation plus chômage — atteint 20,6 en 1980.
Reagan, lui, a une réponse simple : ce n'est pas un problème de moral américain. C'est un problème de politique économique. L'État s'est trop développé, les impôts sont trop élevés, la monnaie est mal gérée. "Government is not the solution to our problem; government is the problem." Il gagne l'élection avec 489 grands électeurs contre 49.
Le premier budget de Reagan, en février 1981, est l'Economic Recovery Tax Act : la plus grande réduction d'impôts de l'histoire américaine à ce moment-là. Le taux marginal maximum passe de 70% à 50% en un coup. Puis en 1986, le Tax Reform Act de Kemp-Roth-Reagan va plus loin encore : deux taux seulement, 15% et 28%. Le système fiscal américain, c'était 16 tranches enchevêtrées. En 1988 : deux.
L'argument de Reagan est le même que celui de Laffer — son conseiller économique qui avait dessiné sa courbe sur une serviette de restaurant : si les taux sont trop élevés, ils découragent le travail et encouragent l'évasion fiscale. Baisser les taux augmente l'assiette imposable et peut maintenir les recettes. Et en effet, les recettes fiscales fédérales sont passées de 517 milliards en 1980 à 909 milliards en 1988.
La récession de 1982 est brutale. Le chômage monte à 10,8% en décembre — le pire depuis la Grande Dépression. Reagan maintient le cap et soutient Volcker à la Fed malgré une cote de popularité à 35%. La douleur est concentrée, assumée. Et puis le V se referme : 1983, +4,6% de croissance. 1984, +7,2% — la plus forte depuis les années 50.
Entre 1983 et 1989, l'économie américaine crée 16 millions d'emplois nets. Le chômage tombe de 10,8% à 5,3%. L'expression "Morning in America" — le slogan de la campagne de 1984 — n'était pas du marketing : c'était une réalité que les Américains vivaient. L'indice de confiance des consommateurs en 1984 est le plus élevé depuis deux décennies.
C'est l'objection la plus honnête qu'on puisse faire à Reagan. Il a baissé les impôts ET augmenté les dépenses militaires. Le déficit fédéral a explosé : de 74 milliards en 1980 à 221 milliards en 1986. La dette nationale a presque triplé. Comment défendre ça ?
La réponse honnête : Reagan a fait un choix. Il voulait gagner la Guerre Froide — et il estimait que les États-Unis en avaient les moyens si l'économie redémarrait. Les dépenses militaires ont augmenté de $134 Md à $290 Md. Les recettes fiscales ont augmenté de 76%. Ce qui n'a pas suivi, c'est la réduction des dépenses civiles que Reagan avait promise et que le Congrès démocrate a refusée. Le déficit est réel. Mais son origine est dans les dépenses — pas dans les baisses d'impôts.
Enrichi les riches, économie de ruissellement, déficit explosé, Volcker pas Reagan. Ce sont les quatre procès les plus solides qu'on lui intente. Regarde de plus près.
Reagan n'a pas rendu les Américains heureux. Il les a sortis de la stagflation, de l'humiliation d'otages détenus à Téhéran et d'une économie qui semblait hors de contrôle. Le niveau de vie américain a connu sa plus forte progression de l'après-guerre entre 1983 et 1989. Il a payé un coût réel — un déficit structurel qui a pesé sur ses successeurs. Mais l'alternative — l'immobilisme keynésien des années Carter — menait à l'hyperinflation et au déclin. Il a choisi la douleur courte plutôt que l'agonie longue. C'est ça, gouverner.