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Le SMIC est l'une des lois les mieux intentionnées de France. C'est aussi l'une des plus injustes : il protège ceux qui ont déjà un emploi, et ferme la porte à ceux qui essaient d'en trouver un.
Le SMIC fixe un salaire en dessous duquel personne ne peut légalement travailler. L'intention est bonne. Mais il y a un problème : si un employeur juge qu'un candidat ne lui rapporte pas assez pour valoir ce salaire, il ne l'embauche tout simplement pas. Ce n'est pas une théorie — c'est de l'arithmétique.
Une étude qui regroupe 64 recherches sur le sujet (Neumark & Wascher, 2014) conclut qu'une hausse de 10 % du SMIC détruit entre 1 % et 3 % des emplois peu qualifiés. En France, il y a 3,1 millions de personnes au SMIC — ce qui représente entre 31 000 et 93 000 emplois en moins. Ce ne sont pas des chiffres abstraits : ce sont des personnes à qui on ferme la porte.
Le SMIC crée un marché du travail à deux vitesses. Ceux qui ont déjà un emploi bénéficient des revalorisations automatiques — leur salaire monte. Ceux qui cherchent du travail se heurtent à un seuil que leur employeur potentiel ne veut pas franchir. Le SMIC les protège en théorie, et les exclut en pratique.
Pour un employeur, le SMIC impose un coût fixe par poste — indépendamment de ce que le poste rapporte vraiment. Si la productivité d'un candidat ne justifie pas ce coût, l'employeur a le choix entre deux options : ne pas embaucher, ou automatiser le poste. Ce mécanisme explique le paradoxe français : les écarts de salaire entre employés restent contenus, mais le chômage des jeunes peu diplômés est parmi les pires d'Europe. Le SMIC réduit les inégalités entre ceux qui travaillent — et les aggrave entre ceux qu'on embauche et ceux qu'on n'embauche plus.
La Suisse, la Suède et le Danemark n'ont pas de salaire minimum national fixé par la loi. Leurs travailleurs peu qualifiés ont pourtant des salaires parmi les plus élevés d'Europe. Leur secret : des accords négociés branche par branche entre syndicats et patronat, qui fixent un plancher adapté à chaque secteur. Un cuisinier et un ouvrier d'usine n'ont pas les mêmes contraintes — et c'est précisément ça qui marche.
Le chômage des jeunes en France atteint ~17 % en moyenne annuelle, avec des pics à plus de 20 % (Eurostat 2023) — contre 5,8 % en Allemagne et 8,1 % en Suisse. L'Allemagne n'a introduit son salaire minimum légal qu'en 2015, et à un niveau bien plus bas relativement au salaire médian. La corrélation n'est pas une coïncidence — c'est un signal.
Aux États-Unis et au Royaume-Uni, plutôt qu'un SMIC très élevé, l'État complète directement le salaire des travailleurs modestes : les employeurs paient ce que le poste vaut, et la différence est financée par l'impôt. L'EITC américain couvre 23 millions de familles ; le Working Tax Credit britannique a contribué à porter le taux d'emploi des peu qualifiés à 69% — contre 53% en France. En France, la prime d'activité fonctionne sur ce même principe depuis 2016. Elle couvre 4,5 millions de foyers, mais reste sous-dimensionnée face au niveau du SMIC.
La logique est simple : si ta productivité est trop faible pour justifier le SMIC, le SMIC te ferme la porte. Mais si un employeur peut t'embaucher à un salaire correspondant à ta productivité réelle, et que l'État complète ton revenu jusqu'à un niveau décent — tu travailles, tu gagnes de l'expérience, tu progresses. Le complément de salaire ne supprime pas la protection : il change qui la finance. Au lieu de faire porter l'entier du coût sur l'employeur qui aurait peut-être embauché, il le répartit sur l'ensemble de la société.
On te dira que sans SMIC les patrons paieraient des misères, que ça réduit les inégalités, que ça relance la consommation. Chaque fois, regarde à qui profite vraiment l'argument — et ce que les données disent.
Il protège ceux qui ont déjà un emploi — au détriment de ceux qui cherchent à en trouver un. Il existe de meilleures façons d'aider les personnes à petit salaire sans leur fermer la porte. Un complément de salaire versé par l'État — comme la prime d'activité en France ou l'EITC aux États-Unis — en est une. Mais cette solution est moins visible, moins symbolique. Précisément pour ça, elle est moins politiquement rentable.