Analyse · Emploi · Marché du travail
En 2000, la France a décidé de partager le travail en le réduisant. Le chômage n'a pas bougé. La compétitivité a décliné. Et l'État a compensé les entreprises avec des milliards d'euros prélevés sur les contribuables. Le tout pour que les politiques puissent dire qu'ils avaient agi.
Si réduire les heures créait des emplois, passer à 20h en créerait le double. À 10h, le plein emploi total. Évidemment absurde — et pourtant c'est exactement la logique des 35h. Le travail n'est pas une quantité fixe qu'on divise entre travailleurs.
Ce sophisme a un nom : l'erreur du gâteau fixe (lump of labour fallacy en anglais). Il ignore que quand les gens travaillent, ils créent de la richesse — ce qui génère de nouvelles demandes, de nouveaux emplois. L'Allemagne travaille MOINS d'heures que la France par salarié — et a deux fois moins de chômage.
Les 35h n'ont pas affecté tout le monde de la même façon. Les cadres en CDI ont gagné des RTT. Les ouvrières à temps partiel subi ont vu leurs contraintes s'alourdir. Les PME manufacturières ont vu leurs coûts augmenter — et ont dû attendre que l'État les compense.
Le résultat : un système à deux vitesses. D'un côté, les insiders (CDI, grandes entreprises, secteur public) bénéficiaient de la réduction du temps de travail. De l'autre, les outsiders — chômeurs, précaires, temps partiels — n'ont rien gagné.
En 2000, la France et l'Allemagne avaient des marchés du travail similaires — autour de 9% de chômage. La France a réduit les heures. L'Allemagne, elle, a lancé en 2003 les réformes Hartz : plus de flexibilité, contrats moins rigides, incitations à reprendre le travail. Résultat vingt ans plus tard : France 7,3%, Allemagne 3%.
La comparaison est frappante. En 2005, le chômage allemand atteignait 11,2% — plus élevé que le français à 9,9%. Ce n'est pas la conjoncture qui a tout fait. C'est le choix structurel : flexibilité versus restriction.
En 2008, les deux pays se retrouvent au même niveau — 7,4% chacun. Puis la crise financière mondiale arrive. Et là, tout se joue : l'Allemagne absorbe le choc. Son marché du travail, rendu flexible par les réformes Hartz, permet aux entreprises de réduire les heures plutôt que les emplois — le Kurzarbeit, chômage partiel subventionné, évite les licenciements massifs. En France, la rigidité structurelle — 35h, coût du licenciement, SMIC — transforme un choc cyclique en chômage durable. En 2013, la France dépasse 10%. L'Allemagne est à 5% et continue de baisser.
Les 35h imposent le même temps de travail à tout le monde. Pourtant, certains travailleurs veulent travailler plus pour gagner plus — payer une formation, financer un projet, épargner pour la retraite. Pour eux, la loi est une cage. Elle les empêche de vendre leur temps librement.
En Suisse, en Allemagne, au Danemark — pas de loi sur le temps de travail hebdomadaire imposée par l'État. Des conventions collectives par secteur, négociées entre syndicats et employeurs. Si tu veux travailler 40h, tu peux. Si tu veux 30h, tu négocies. La France est l'exception, pas la règle.
Les 35h suscitent des défenses réflexes. Certaines reposent sur des faits réels, d'autres sur des confusions. Voici les quatre principales — et ce que les données et l'économie répondent.
Le travail ne se partage pas comme une pizza — il se crée quand on lève les obstacles qui empêchent les gens de travailler, d'embaucher, de produire. Vingt-cinq ans de 35h n'ont pas résolu le chômage. Elles ont surtout prouvé qu'une bonne intention ne remplace pas un bon mécanisme.